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"24heures" du 17 janvier 2009

jeudi 9 juillet 2009, par Jenny Amaro

Quand je suis devenue maman à 16 ans, on me prenait pour une extraterrestre
MÈRE ADOLESCENTE | Karine était à peine gymnasienne lorsqu’elle a accouché de sa petite fille. Dix ans plus tard, veuve, mère de trois enfants, fondatrice de l’association Jeunes Parents, elle aide les adolescentes qui vivent la même aventure.

Mélissa (10 ans) cesse tout à coup de mastiquer son pain de maïs. Elle lance sans crier gare : « Tu sais, moi, ça ne me gêne pas que maman elle m’a eue à 16 ans. » Ses deux petits frères, Axel (6 ans) et Nolan (4 ans), sont déjà au lit, à l’étage de l’appartement familial de Riaz (FR). Karine Burkhardt raconte son parcours de maman ces dix dernières années. Un vrai parcours de combattante. Enceinte à 16 ans, bachelière, veuve à 23 ans, et actuellement en formation pour devenir assistante sociale, elle a tout mené de front.

Dix années d’expérience qui lui permettent d’apprécier avec recul l’histoire de Ramona (13 ans), la petite Soleuroise devenue la plus jeune mère du pays et, accessoirement, la coqueluche des médias : « Je m’interroge sur cette médiatisation, dit Karine. Il faudra que Ramona trouve de vrais soutiens. Ce sera forcément dur pour elle au début. Mon conseil est d’essayer de vivre vraiment sa vie de jeune fille, l’école, une formation si possible, tout en assumant son rôle de mère. »

Pouponner à l’âge où les copines flirtent dans l’insouciance n’est pas facile. Karine Burkhardt en sait quelque chose. Elle avait à peine 16 ans quand elle a annoncé à sa mère qu’elle était enceinte. Le premier choc passé, ses parents lui demandent de bien réfléchir. Sa gynécologue lui lance cet ultimatum à la figure : « Je vous donne une semaine pour décider si vous gardez l’enfant. » Dilemme douloureux pour Karine, mais, au fond, sa décision est prise. « Je ne voulais pas faire de mal à ce qu’il y avait dans mon ventre. »

Son copain, Claude, étudiant en pharmacie, est alors âgé de onze ans de plus qu’elle. « Au début il avait très peur de m’avoir fait du mal. » Les deux tombent d’accord. Ils garderont l’enfant. « Entre nous c’était une belle histoire, sérieuse, un engagement pour la vie. » A la naissance de Mélissa, Karine prend quatre mois et demi de congé maternité : « Une période vraiment très heureuse. » De retour au gymnase, elle redevient une adolescente à plein-temps la journée, se transforme en maman le soir.

« Ma mère a su m’aider comme il fallait, dit-elle. Elle était maman de jour et elle redevenait la grand-mère le soir. Elle n’a jamais essayé de se substituer à moi et de me faire passer pour la grande sœur, comme cela arrive parfois. » Quand Karine passe son bac, quatre ans plus tard, elle est enceinte de cinq mois d’un deuxième enfant. Elle choisit de rester à la maison pendant que son mari achève sa formation, avec l’idée de reprendre des études plus tard. En 2004, le couple a un troisième enfant.

C’est alors qu’une tragédie frappe la jeune famille : le papa, Claude, se découvre atteint d’un cancer en 2005. La maladie lui sera fatale après quelques mois. A 23 ans, Karine se retrouve veuve. « C’était une épreuve affreuse et cruelle, dit-elle. A côté de ça, je recommence quand vous voulez à être maman à 16 ans ! En même temps, je me dis rétrospectivement que nous avons bien fait de vivre tout cela très tôt. »

Besoin de partager
L’an dernier, Karine Burkhardt a entamé une formation d’assistance sociale, grâce à l’aide de sa famille et de son nouvel ami. Et elle s’occupe de l’association Jeune Parents. Karine a fondé ce groupe avec d’autres jeunes femmes, qui s’étaient retrouvées en chattant sur internet, en 2001. « C’était un besoin de partager avec des filles qui vivaient la même chose que moi, dit-elle. Quand je suis devenue maman à 16 ans, je me sentais regardée bizarrement, on me prenait pour une extraterrestre. »

L’association, qui est actuellement présidée par Céline Bicho, compte une centaine de membres en Suisse romande. Elle fonctionne comme un espace de discussion, un réseau d’accueil et de conseils. « On a plus de 40 000 visites mensuelles sur notre site internet et beaucoup d’appels sur notre ligne. »

Jeunes Parents est la seule association du genre en Suisse romande. « Cela suffit, selon Karine, on a en Suisse un taux de 4 pour mille de jeunes femmes mères entre 13 et 19 ans, c’est beaucoup plus bas qu’en Europe. » En ce moment, l’association cherche un adulte, de 30 ou 40 ans, qui aurait une expérience dans le domaine social, pour donner un coup de main au comité.

Parler de sa maternité sans se sentir jugée ni exclue. Cela paraît banal, mais c’est souvent un idéal inatteignable pour les mères adolescentes. « Au gymnase, se souvient Karine, une copine m’avait dit d’entrée : « Arrête de nous causer de ton bébé, nous, c’est pas notre truc. » Les remarques peuvent être carrément méchantes. « Quand j’étais enceinte, on m’avait traitée plusieurs fois d’irresponsable et même de fille facile », témoigne Kim (22 ans), lors d’une réunion informelle de l’association, qui se tenait cette semaine à Romont. « C’est chouette de pouvoir parler, apprécie Nathalie (20 ans), en tenant sa petite Alicia dans les bras. En fait, les ados ne nous considèrent plus comme des leurs et les adultes ne nous prennent pas au sérieux. »

Seule la mère décide
Karine souhaite professionnaliser la structure. Les membres actives de Jeunes Parents se déplacent souvent pour rencontrer des filles qui ont besoin de conseils concrets. « Ce n’est pas tellement au moment du choix pour leur grossesse, dit Karine, mais plutôt après. Cela dit, il faut savoir que seule la mère peut décider ou non de garder son enfant, quel que soit son âge. La loi est formelle. »

L’association essaie d’inciter des jeunes mères à reprendre des études ou à suivre des formations. Avec ses modestes finances, elle a mis sur pied des « Prix du mérite » et envisage d’apporter une aide modeste pour les formations. Une façon de montrer qu’il ne faut « surtout pas renoncer à sa vie parce qu’on a un enfant ». Un sondage publié sur le site de l’association montre que 66% des parents de moins de 25 ans déclarent être « satisfaits » de leur vie et 19% « souvent satisfaits ». Voilà de quoi bousculer certaines idées reçues.

Association : tél. 0842 110 110 ou www.jeunesparents.ch

Patrick Chuard | 17.01.2009 | 00:01
Source : http://www.24heures.ch/loisirs/vous/devenue-maman-16-ans-prenait-extraterrestre-2009-01-16

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